GRHL - HISTOIRE LOCALE DE RIS-ORANGIS

Groupe Rissois d'Histoire Locale. Association "loi 1901"

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4/6 LA RÉVOLUTION DE 1789 À RIS-ORANGIS : FÊTE CIVIQUE


👈 LIRE LA PARTIE 3 CAHIERS DE DOLÉANCES

Fête civique et philosophique de Brutus
de décembre 1793

Compte rendu du journal de la Montagne

N° 152 du 11ème jour du 2ème mois de l'an II

(vendredi 1er novembre 1793)

Un sans-culotte de la commune de Ris. Citoyens, nous venons vous apporter le fruit de notre reconnaissance. Nous venons contempler avec enthousiasme, sur cette Montagne tutélaire, le génie de la Liberté. Oui, depuis votre régénération, nous avons compté nos jours par vos bienfaits.
A votre exemple, c'est à qui sera le plus patriote et le premier prêt à voler aux combats. Un jeune républicain, fils de notre maître d'école, nous a parlé de Brutus. A ce nom sublime, nos cœurs se sont électrisés. Son image, ses vertus républicaines nous ont pénétrés de respect. Entraînés par l'exemple de ce héros, nous avons soudain délogé "Saint-Blaise", et pris Brutus pour notre patron.

Au pied de sa statue, élevée dans notre place publique, nos enfants s'essaient à devenir républicains, et nos pères de famille, sur son front, lisent leurs devoirs.
Dans ses yeux, notre jeunesse guerrière puise cette énergie qui fait trembler les tyrans. Ils nous jurent même qu'ils reviendront dignes d'un tel père.
Enfin Rome toute entière est dans notre bourg ; mais, législateurs, pour des romains sans-culottes, le nom d'un marquis, ci-devant notre tyran, et la présence d'un curé sont deux objets bien choquants.
Ce nom de Ris nous rappelle notre ignominie. Notre curé n'est pas même aussi utile que Saint-Blaise, qui peut du moins nous chauffer.
La Société populaire, ayant élevé tous les individus à la hauteur des circonstances et, désabusée enfin de tout préjugé, a pris l'engagement de protéger les opprimés, de prêcher la sainte morale, de consoler le moribond et de ne lui laisser que le regret de ne pas vivre assez, pour jouir des droits sacrés de l'homme.
Nous ne vous offrons pas notre curé : ce serait vous faire un trop mauvais cadeau. mais nous vous faisons l'hommage de ce saltimbanque et nous vous apportons notre Saint-Blaise, ses calices et tous ses hochets, afin qu'ils se réunissent au creuset de l'égalité.
Nous vous prions de décréter que le bourg de Ris, district de Corbeil, département de Seine-et-Oise, s'appellera désormais "bourg de Brutus" ; qu'à compter de ce jour, il n'y aura plus de curé dans ce bourg, et que nous sommes autorisés à faire correspondre un ou plusieurs commissaires sur un fait d'accaparement trouvé dans notre commune.
La Convention décrète les deux premières propositions et renvoie la dernière au Comité de Sûreté générale.

Déclaration lue devant la Convention le 30 octobre 1793 par un représentant de la commune de Ris qui s'appellera désormais : « Brutus ».

Anne Antoinette Mien chante un hymne patriotique devant l'Assemblée nationale le (10 brumaire an II) 30 octobre 1793. (dessin de Geneviève Schwengler)

Anne Antoinette Mien chante un hymne patriotique devant l'Assemblée nationale le (10 brumaire an II) 30 octobre 1793. (dessin de Geneviève Schwengler)


Le même jour, à Brutus, le Conseil municipal nomme une commission qui sera chargée d'organiser et d'exécuter la grande « Fête Civique et Philosophique en l'honneur de nos frères morts pour la défense de la Patrie, en la commune de Brutus, ci-devant Ris ».

Le secrétaire s'adresse à l'assistance en ces mots :

Républicains,
Nous pouvons enfin le désigner ce jour heureux, ce beau jour que nous allons consacrer au culte de la Liberté... C'est à la face du ciel que nous allons jurer de vivre et de mourir pour la Liberté......

Puis on discute de l'organisation.
Les fêtes de l'époque sont conçues comme de grands rassemblements populaires, de l'aube à une heure avancée de la nuit. Un cortège organisé et encadré emprunte un parcours formé d'un certain nombre de stations significatives.


À chaque halte correspond un temps fort et symbolique.
♦ Le départ se fera du haut de la Montagne (haut de la côte vers Corbeil), on chante, on boit puis on se met en marche.
♦ On verra dans le cortège le « char de Brutus et la Liberté », le « tombereau de l'Ancien régime » (contenant tous les oripeaux de l'église, une effigie du roi et tous le symboles)
♦ Station symbolique : la place du village. On prête le serment à la Nation.
♦ Station symbolique : la halle. On chante des hymnes on y prononce des discours
♦ La marche reprend jusqu'au château de l'ancien seigneur.
 

Affiche avec description et ordre de marche et énumération des participants

Affiche avec description et ordre de marche et énumération des participants


On honorera Brutus, Le Pelletier de Saint-Fargeau qui avait voté la mort du roi et Marat le martyr.

Toute une architecture grandiose et éphémère est adaptée à l'évènement : autels de la patrie, arc de triomphe et monuments aux martyrs, dessinés et réalisés par des artiste parisiens ou locaux (la participation d'Hubert Robert, premier conservateur du Louvre, est même annoncée dans l'affiche de la fête). Les sculpteurs réalisent en peu de temps les bustes en plâtre de Brutus, Marat et Le pelletier.

La fête se veut « régénératrice » par la destruction de tous les symboles de l'ancien monde et la célébration de « l'homme nouveau ». À l'arrivée du cortège, les objets haïs seront brûlés devant le château d'Anisson Dupéron.

On brûle, devant le château, tous les oripeaux qui rappellent l'ancien régime (peinture de Dominique Goubet)

On brûle, devant le château, tous les oripeaux qui rappellent l'ancien régime (peinture de Dominique Goubet)


Reconstitution du défilé

En 1989, le GRHL a reconstitué ce grand défilé grandeur nature et réalisé une maquette qui donne un aperçu de l'évènement.

120 costumes ont été réalisés par des couturières bénévoles, costumes de bourgeois et notables, uniformes de la garde nationale (5000 boutons dorés ont été cousus sans compter ceux des costumes). Nous avons pu faire venir à Ris-Orangis deux garçons, descendant d'une famille qui avait fait beaucoup parler d'elle durant la Révolution. Cette reconstitution n'a pu se faire qu'avec l'aide de la Municipalité et nous l'en remercions vivement.

(Extraits de la maquette) La garde nationale en tête, puis suit un vieillard accompagné de deux enfants portant un tabouret afin qu'il puisse se reposer de temps à autre ; Le char de la Liberté avec deux vierges portant le buste de Brutus(Extraits de la maquette) La garde nationale en tête, puis suit un vieillard accompagné de deux enfants portant un tabouret afin qu'il puisse se reposer de temps à autre ; Le char de la Liberté avec deux vierges portant le buste de Brutus

(Extraits de la maquette) La garde nationale en tête, puis suit un vieillard accompagné de deux enfants portant un tabouret afin qu'il puisse se reposer de temps à autre ; Le char de la Liberté avec deux vierges portant le buste de Brutus

Défilé grandeur nature) Les bustes de Le Pelletier de Saint-Fargeau et de Marat

Défilé grandeur nature) Les bustes de Le Pelletier de Saint-Fargeau et de Marat

Le défilé descendant de la MontagneLe défilé descendant de la Montagne

Le défilé descendant de la Montagne

Discours du Maire et exposition dans le hall de la PosteDiscours du Maire et exposition dans le hall de la Poste

Discours du Maire et exposition dans le hall de la Poste


LIRE LA PARTIE 5 PROCÈS D'ANISSON DUPÉRON 👉

 

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